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Rien ne se perd en Provence : mode d'emploi du savon qui refuse de mourir

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Rien ne se perd en Provence : mode d'emploi du savon qui refuse de mourir

Photo: soap bar scraps handmade soap zero waste natural, via i.pinimg.com

Il y a un rituel que tout Provençal connaît : ce moment où l'on retourne le porte-savon et qu'on découvre, coincé au fond, un petit morceau dur comme un galet de la Durance. Ailleurs, on le jette. Ici, jamais. Chez nous, à la Grande Savonnerie, ce petit morceau s'appelle tout simplement le début d'autre chose.

Le zéro déchet, une tradition avant d'être une tendance

Dans les savonneries de Marseille comme dans les cuisines d'Aix, le rien ne se perd n'a jamais été un slogan marketing : c'était une nécessité. Les maîtresses de maison d'autrefois récupéraient les fins de savon, les laissaient sécher, les râpaient, et repartaient pour un tour. Le savon coûtait cher, la lessive se faisait à la main, et chaque gramme comptait.

Aujourd'hui, on redécouvre cette sagesse avec un autre argument : celui du gaspillage beauté. Un savon bien mené jusqu'au bout, c'est plusieurs semaines de douche gratuites et un carton poubelle en moins.

L'astuce du vieux savonnier : le savon qui en avale un autre

La technique la plus simple reste la plus efficace, et elle ne demande aucun matériel. Prenez vos fins de savons encore légèrement humides, pressez-les les uns contre les autres, et lissez-les en boule avec les mains mouillées. Laissez sécher une semaine sur une coupelle, à l'abri de l'humidité.

Résultat : une boule hybride, souvent bien plus parfumée que la somme de ses parties — la lavande qui rencontre l'olive, la rose qui frôle le miel. Nos anciens l'appelaient le savon de la fin de l'année, parce qu'il rassemblait tous les savons reçus en cadeaux depuis les fêtes.

La poudre de savon, couteau suisse de la maison

Pour les morceaux vraiment trop petits ou trop durs, direction la râpe fine. Réduits en poudre et conservés dans un bocal hermétique, vos copeaux deviennent une matière première à tout faire :

Ce que vous y gagnez, chiffres à l'appui

Un foyer qui finit ses savons jusqu'au dernier copeau économise facilement deux à trois pains par an. Ramené à un savon artisanal bien fabriqué, cela représente de quoi financer — soyons honnêtes — un bon flacon d'huile d'olive des Baux, ou presque. Mais l'économie n'est qu'une moitié de l'histoire : l'autre, c'est le plaisir de voir un objet de soin vivre jusqu'à sa dernière mousse.

Et quand même tout est dit ?

Même la poudre la plus fine a un dernier rôle : glissée dans un vieux bas noué, elle devient une boule effaceuse pour les tiroirs, ou un déodorant de chaussures de rando après les collines du Luberon. Au bout du bout, il ne reste rien à jeter.

C'est peut-être ça, la vraie définition du savoir-faire provençal : non pas une recette, mais une manière de ne jamais considérer que quelque chose est fini. Alors la prochaine fois que votre savon n'est plus qu'un souvenir dur au fond du porte-savon, souriez-lui. Il n'a pas fini de mousser.

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